© Florian Delhomme

Si la sphère salace de Pigalle ne trouve pas d’égal à New York, le Musée de l’érotisme du boulevard de Clichy se fait mettre à l’amende par le MoSex. Ce combiné bar-musée du Midtown n’a pas l’envergure d’un MoMA, mais sait parler de la culture du se[X]e.

C’est le premier musée du genre qui a ouvert ses portes aux US. En 2002. Sous couvert de devoir de mémoire, il se permet des excentricités de qualité qui fracasseraient plus d’un catho puritain. Il faut avouer que l’antichambre du MoSex est un sex shop design pour hipsters décomplexés. Que les vestiaires se situent dans une parodie de club échangiste. Et que les caissiers, BEAUX ET ESPIÈGLES, se délectent de voir les touristes hésitants dépenser 17,50 dolls dans leur ticket.

Entre, dis coucou au « gode cupcake », et laisse-toi guider.

En dehors de la collection permanente, petit bazar bigarré de clichés d’antan, d’artefacts démoniaques et d’installations psyché, actuellement, quatre expositions temporaires se prennent par la main. Passons sur celle intitulée The sex lives of animals [en gros, des pandas qui baisent] : l’orgie au zoo de Vincennes, non merci. Les trois restantes sont pour le moins sympathiques. Loin de la tendance « pièces rapportées » des musées roses ou de la branlette de l’art moderne trash, leurs lignes éditoriales se tiennent.

Action: sex and the moving image étudie l’impact du sexe sur le cinéma mainstream, la télévision et l’Internet, retraçant l’histoire du porn en filigrane. Un truc chiant et sociologique dit comme ça. Et pourtant. Dans la douce pénombre, le cœur palpitant, tu zigzagues entre les écrans accrochés au mur et au sol. Du noir et blanc cochon [le chibre en 16 images par seconde] aux sextapes de Rob Lowe et Colin Farrell, en passant par les envolées nudistes, les délires de la Sexploitation ou encore les orgasmes cristallisés du site Beautiful Agony, tu te prends cent ans de cul dans la gueule. Bien documenté, bien illustré. Un vaste marché où d’un étal à l’autre on te propose le fruit défendu. LE RUNGIS DU PORN.

© Florian Delhomme

F*ck art, c’est un peu la caution arty du MoSex. Vingt artistes de street art occupent la moitié d’un étage. Tu ne te balades plus dans une galerie, mais dans le pays d’Alice. Chaque mètre carré, devenu support, prolonge la création, la rendant d’autant plus réelle et provocante. Couleurs pop à même le plâtre blanc, fresques pornographiques cartonnées, personnages Disney pervertis, érections sur toiles, mannequins déchus transformés en sculptures improbables… On joue avec l’imagerie de ta jeunesse et de ton quotidien. Et ça fonctionne. Tu pourrais pleurer. Non, tu trouves la tête de bite de Mickey plutôt mignonne.

« Type. Swipe. Search. Upload. Download. Post. Stream. These are the new verbs of desire. » : Universe of desire relie sexe, pornographie et Web dans une expo interactive complètement folle. La Cité des Sciences pour les grands. À l’entrée, un écran avec un bonhomme en 8 bits et un pad arcade rétro. Tu martèles les boutons : le réflexe. Le loustic fait des trucs idiots, il pince les tits d’une copine pixellisée ; c’est l’orgie visuelle ; des cris de plaisir en mode cartoon et des gros mots envahissent l’espace sonore. Tu perds au moins cinq minutes à essayer / réessayer chaque fonction. En fait, tu te décides à avancer quand un autre visiteur déboule. Tu as la drôle impression d’avoir été surpris en pleine session masturbatoire… Un pan de mur liste des tags parmi lesquels tu espères te [re]trouver. Une enfilade de téléphones rouges attendent d’être décrochés ; au bout du fil, des femmes confessent leurs parties de jambes en l’air sans détour. Des photogrammes de vidéos X esthétisés flirtent avec de larges panneaux reprenant les échanges coquins sur Facebook entre le politicien Anthony Weiner et la croupière de Blackjack Lisa Weiss. Etc. Ici, tu peux tripoter la culture 2.0.

Le MoSex fête donc ses dix ans. JEUNE ET TIMIDE en apparence, sa programmation désinhibée trahit un esprit LIBRE qui séduira les intellos avant-gardistes, les psy sans inspiration, les quidams en quête d’émoi et les gosses de la génération Y. L’amorce d’un MoPorn ?

NB : si tu n’as pas le temps de faire un saut à New York, tu peux toujours croiser les doigts pour qu’un Français malin copie les Américains.