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Sortie en salles le 21 novembre 2012 et en DVD le 3 avril 2013

Premier long-métrage d’Hugo Gélin, Comme des frères sort en DVD le 3 avril prochain. L’essentiel de ce road-movie bon enfant est hélas résumé dans la bande-annonce. Histoire mignonne et classique que l’on vous conseille de découvrir surtout pour le brillant Pierre Niney.

Boris [François-Xavier Demaison], Élie [Nicolas Duvauchelle] et Maxime [Pierre Niney] ont des âges, désirs et plannings différents : pas grand chose en commun donc, si ce n’est la jolie et spontanée Charlie [Mélanie Thierry] dont le récent décès les incite à prendre la route. Un voyage vers la Corse dont la jeune femme avait toujours rêvé. Un voyage initiatique qui permet à chacun de se [re]trouver.

De cette quête sentimentale mouchetée d’humour, bien filmée, bien interprétée, mais si sage, on ne retiendra que la prestation de Pierre Niney, terriblement adroit pour passer du rire aux larmes. Nommé aux Césars 2013 dans la catégorie du meilleur espoir masculin pour ce rôle d’étudiant candide et attachant, le jeune homme frêle au regard aiguisé commence tout juste à nous surprendre. Il a 23 ans. La presse parle déjà « d’enfant chéri » et de relève du septième art made in Hexagone.

Fils d’un professeur de cinoche et d’une auteure de manuels de loisirs créatifs, il est passé par la classe libre du Cours Florent et le Conservatoire National d’Art Dramatique avant de faire ses premiers pas au théâtre et au cinéma. Pensionnaire de la Comédie-Française depuis 2010 [un exploit à son âge], Pierre Niney s’est essayé à plusieurs registres : Lol de Lisa Azuelos ; L’Armée du Crime et Les Neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian ; Les Émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris ; Yves Saint Laurent de Jalil Lespert…

Cette multiplicité retient l’attention. Pierre Niney n’est pas lisse. Il a une voix, un phrasé musical. Il a une gueule. D’ange, de gavroche, de clown triste ou heureux. De Parisien, sans doute, mais de Parisien poète : passionné et complexe. Rien à voir avec le Parigot-tête-de-veau, ce cliché rebattu qui colle [entre autres] à la peau de Louis Garrel, lui qui, avec sa moue boudeuse égale en tout temps, a articulé sa carrière entière autour de l’effet Koulechov pourtant suranné. Pierre Niney fait des choix exigeants, pas élitistes, pas encore.

En France, on oppose souvent le cinéma d’auteur au cinéma de genre, comme si l’un et l’autre étaient incompatibles, comme s’il devait y avoir un vainqueur entre le drame métaphysique et la comédie bien grasse, le thriller intello et le film gore de série B. Pierre Niney prend le contre-pied de cette vision manichéenne. Sa carrière naissante n’est pas imperméable aux échecs, mais traduit une curiosité et un plaisir contagieux. Son actualité va dans le sens de cette pluriculturalité. À l’affiche de la comédie romantique savoureuse de David Moreau, 20 ans d’écart [sortie le 6 mars], il joue également sur les planches dans le grand classique de Jean Racine, Phèdre.

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1866. – Le diplomate turc Khalil-Bey vient à la rencontre du peintre français Gustave Courbet et lui demande : « S’il te plaît… dessine-moi une chatte. » Et le chef de fil du réalisme donne naissance au sexe féminin le plus célèbre de l’Histoire : L’Origine du monde. 46 × 55 cm de concupiscence.

Jambes écartées, cette femme mystérieuse invite à prendre le temps. Le temps de détailler les fesses, les cuisses et le ventre galbés. De deviner le sein rond et rosé dissimulé sous le tissu blanc, puis le visage hors champ. De partir de l’évidence pour se perdre dans l’étranger. D’inventer le lieu, la situation, une relation secrète avec le peintre peut-être, un croquis esquissé avant ou après la baise, et l’huile composant doucement la peau laiteuse. Provocations anatomiques.

Avec son point de vue gonzo, L’Origine du monde respecte les codes du X, mais témoigne d’une technique et d’une direction précises, harmonieuses. On ne regarde pas ce tableau comme on regarde une sex-tape sur XVideos. On le resitue dans son époque. D’accord, ce n’est pas la première fois que la nudité et la luxure sont mises en scène. La peinture grecque antique n’était pas prude. Mais ce gros plan frontal sur une chatte entrebâillée. Cette lumière vive et diffuse. Ces nuances ambrées. Cet angle unique. La claque.

Culotté, Courbet est un Gainsbourg en redingote. Avec une toile-symbole longtemps admirée sous le manteau et bringuebalée de proprio en proprio [dont le psy Jacques Lacan], il pisse sur l’académisme pictural, amidonné et hypocrite. Il marque ainsi le coup d’envoi d’un renouveau dans l’évocation et la perception artistiques du nu. Dans quelques décennies, cette thématique sera reconnue par la critique spécialisée ; la photographie, le cinéma et l’Internet en feront un cas d’école ; on inventera le porno chic pour limiter le choc ; L’Origine du monde sera suranalysée ou parodiée. Pour le moment, on parle de « nudités » et seules les représentations religieuses et mythologiques du corps humain sont tolérées. Puritains vs modernistes : l’éternel combat.

1994. – La couverture du roman Adorations perpétuelles de Jacques Henric n’est autre qu’une reproduction de L’Origine du monde. Scandale. La police contraint des librairies à retirer le livre des vitrines. Là, je pourrais oublier que mai 68 avait soi-disant libéré les mœurs vingt-cinq ans plus tôt, soupirer avec condescendance et jouer la carte du c’était-au-XXe-siècle-c’était-l’ère-du-Minitel. Mais en 2011, un artiste danois s’est vu supprimer son compte Facebook car il avait choisi la peinture de Gustave Courbet comme avatar. Quelques mois plus tard, rebelote avec un utilisateur français qui, dans la foulée, a assigné le site communautaire en justice. En parallèle, des fan pages consacrées à L’Origine du monde ont été censurées [cf. fin du paragraphe précédent].

2013. – Le cul est sur toutes les lèvres. Les USA ont leurs propres Harlequin, les filles de 18 à 77 ans brandissent leurs vibros fluos et, comme à l’approche du plaisir, on a la vague impression de distinguer les rives d’un nouveau monde. Le #pornpourtous. C’est à cet instant naïf que je décide de jeter un petit coup d’œil par-dessus mon épaule : Courbet fixe l’horizon, il fume la pipe, il rit, il est un peu à L’Origine de tout ça.

steve-jobs-apple-macSortie en DVD le 11 décembre 2012

En attendant de découvrir le biopic de Joshua Michael Stern avec Ashton Kutcher, Jobs, et celui écrit par Aaron Sorkin, le scénariste de The Social network et créateur de À la maison blanche, attardons-nous sur Steve Jobs – The lost interview, un entretien de feu le fondateur d’Apple réalisé en 1995 et longtemps égaré…

L’image en 4/3 est vieillotte, abîmée ; le discours de Steve Jobs est pourtant celui d’un passionné et d’un visionnaire. Ce contraste amusant va de pair avec un montage quasi-inexistant à la limite du tourné-monté. Il y a très peu de coupes, résultat, on a l’impression d’intégrer une conversation en temps réel. Le journaliste sait où il va. Après chaque question, Steve Jobs marque une pause pour réfléchir puis se lance dans des réponses construites, riches et limpides. Et le rythme n’en pâtit pas. Il ne nous enseigne pas le codage informatique ou la gestion d’entreprise, il ne se montre jamais condescendant : il partage sa vision du monde moderne et ses désirs utopiques, devenant le philosophe 2.0.

Il décrit son parcours, de sa rencontre avec les ordinateurs de la NASA à l’âge de 10 ans, jusqu’à la création d’Apple aux côtés de Steve Wozniak et Ronald Wayne, en passant par l’évolution fulgurante de la multinationale dont il a été mis à la porte au moment où il nous parle (et qu’il réintégrera peu après, juste avant sa faillite annoncée). Steve Jobs a fabriqué sa première machine lui-même, l’Apple I. Sa réussite tient justement à ses connaissances techniques : il démontre qu’un bon directeur connaît la valeur de ses produits, sait s’entourer des meilleurs et doit avant tout faire preuve d’inventivité et de curiosité, ne pas se contenter de lancer une idée, mais la développer, ne pas décliner à l’infini son chef-d’œuvre initial, mais se renouveler. Il redonne ainsi ses lettres de noblesse à la figure surannée du self-made-man.

Il oppose aussi la ligne éditoriale d’Apple à celle de Microsoft. Selon lui, les créateurs et collaborateurs d’Apple sont des artistes, des créatifs qui se sont lancés dans l’aventure du numérique, mais qui auraient très bien pu s’épanouir en tant que musicien, peintre ou anthropologue… Ils s’intéressent au contenu, à l’essence de leurs marchandises quand les autres manquent d’originalité et privilégient le processus de fabrication. Ainsi, Apple serait un repaire de hippies et Microsoft celui de nerds. Dans cette logique, Steve Jobs a très vite misé sur le design, l’intuition et le confort des Mac, puis sur la PAO, les logiciels « artistiques » grand public, les iPod & co, pendant que son copain Bill Gates s’enrichissait avec des programmes plus terre-à-terre.

Steve Jobs – the lost interview est définitivement un document historique. Le fondateur d’Apple y présageait d’ailleurs la future hégémonie de l’Internet en tant qu’outil de communication et vecteur social et commercial. Aujourd’hui, l’explosion des réseaux sociaux et la disparition des supports physiques qui contraignent certaines grosses enseignes à fermer leurs magasins ou à se diversifier confirment les prédictions du roi de la pomme.

Sortie en salles le 30 mai 2012 et en DVD le 06 novembre 2012

Se faire insulter dans les rues de Paris simplement parce qu’on a des seins et des fesses, ça sonne un peu Moyen Âge ; pourtant, c’est un leitmotiv quotidien. On peut se targuer de vivre en 2012, de posséder un iPhone et un compte Facebook, être une femme aujourd’hui n’est pas synonyme de liberté. En France où le récent procès des viols collectifs a donné lieu à un verdict indécent (dix acquittés et quatre condamnés à des peines de prison ferme allant de six mois à un an). En Tunisie où une trentenaire qui revenait de soirée avec son copain s’est faite violer quatre fois par des policiers et risque d’être poursuivie pour « atteinte à la pudeur ». En Argentine où les féminicides sont monnaie courante. Ou encore en Egypte où se déroule l’histoire frappante des Femmes du bus 678

Tous les jours sur le trajet du travail, Fayza, une Cairote traditionaliste, subit en silence les attouchements de passagers solitaires. Dès qu’elle le peut, elle marche ou prend le taxi, épuisant les économies familiales et arrivant en retard au bureau notarial. Elle a trop honte pour en parler à quiconque, jusqu’à ce qu’elle rencontre Seba et Nelly, deux femmes aux vies très différentes, elles aussi victimes de harcèlement sexuel. En véritables pionnières, elles décident de se défendre. Leurs chemins se croisent et se décroisent : le ballet composé par Mohamed Diab, jeune cinéaste et activiste du soulèvement populaire égyptien, et ses comédien(ne)s très investi(e)s, souligne l’universalité de ces violences…

Inspiré de l’affaire Noha Rushdi, Les Femmes du bus 678 a chahuté les esprits dans son pays, mais ne se veut ni pamphlet féministe, ni fresque manichéenne. On reste loin du schéma simpliste et moralisateur où toutes les femmes seraient des martyrs et les hommes des bourreaux. Bien entendu, la suprématie masculine et la vision rétrograde du « sexe faible » (refrain d’une chanson qu’écoute un chauffeur de taxi dans l’intro) transparaissent sans cesse, cependant, on trouve des modernistes et des réactionnaires d’un côté comme de l’autre. Et un bon lot de contradictions, cristallisées par un récit d’une finesse admirable.

Essam, l’inspecteur plein d’humour qui enquête sur les mystérieuses agressions du bus 678, est celui qui incarne le mieux cette dualité. Il permet à Fayza, Seba et Nelly de s’en tirer, mais ne saisit le sens et la nécessité de leur combat que lorsqu’il devient père d’une petite fille. Les personnages sont fouillés, tout en nuances et en constante mutation, à l’instar d’un pays bouleversé par la récente révolution. Les images franches revêtent souvent des accents documentaires, parachevant notre empathie vis-à-vis des héroïnes. Toutefois, on ne sort pas amer de ce premier film. Stimulé, on s’accroche à un message simple et pacifiste, colonne vertébrale des Femmes du bus 678 : la parole est une arme imparable.

James Bond, l’agent secret créé il y a soixante ans par l’écrivain britannique Ian Fleming, a depuis fait escale dans la bande dessinée, le cinéma et le jeu vidéo, devenant une franchise, une saga transgénérationnelle et indémodable. L’espion le plus connu au monde est aussi le plus imité. Preuve de sa popularité, il a été évoqué et parodié dans bon nombre de courts et longs métrages, Johnny English et Austin Powers arrivant dans le peloton de tête. Et sur l’Internet, on trouve du fait maison qui n’a rien à envier aux gros budgets en termes de folie et d’humour. Le charisme nourrit la caricature. Du coup, j’ai décidé de te donner 007 raisons de te déguiser en James Bond pour ta prochaine Halloween party…

001 – Parce que c’est plus facile à porter qu’un costume de cactus. On ne devient pas commander du MI6 ou roi du dancefloor sans un brin de pragmatisme.

002 – Parce que si ton agenda te trahit et que tu te plantes de soirée, tu pourras toujours t’adapter. Réception luxueuse ? Il te suffira de renoncer à ton Walther P99 en plastique et de resserrer ton nœud pap. Fête en mode gangsta ? De renoncer à ton nœud pap et de porter ton Walther P99 en plastique à la ceinture.

003 – Parce que les inévitables taches de vin rouge passeront inaperçues sur le smocking noir : l’élégance assurée jusqu’au bout des doigts et de la nuit.

004 – Parce que tu pourras exhiber la montre-bracelet Rolex Submariner de ton papa [ou ta Swatch waterproof] et que tu la zieuteras tous les quarts d’heure, laissant croire à l’assemblée que tu es attendu ailleurs, et te donnant ce petit air de je-suis-un-homme-très-pris.

005 – Parce que ce sera l’occasion de ressortir le couteau suisse que tu gardais précieusement dans ton tiroir à chaussettes depuis dix ans. À agent secret de première classe, gadgets de première classe.

006 – Parce qu’avec un « My name is Bond, James Bond » et quelques vodka-martinis dans le nez, tu les convaincras tous que tu es bilingue voire polyglotte. Et d’ajouter, le flegme british en prime [à défaut de l’accent], que tu as fait le tour du monde avec ta R5 ton Aston Martin.

007 – Parce que James Bond fait tomber les filles avant de les laisser tomber, qu’en 007 tu feras pleuvoir les 06 et qu’un « Désolé, ça ne peut pas durer entre nous, j’ai des vies à sauver. » te permettra de te sortir des pires impasses.

Nota bene : le costume de 007 est unisexe.

Une balade sur Twitter, c’est un peu comme une relecture des Caractères de La Bruyère, version 2.0. On rencontre des caricatures à chaque coin de timeline, électrons libres ou membres d’une meute distincte. Les gens du septième art, encore loin d’exploiter toutes les possibilités du Web [du moins en France], forment une famille éparse où le naturel fait la guerre à l’image, le partage à la publicité. Quid de leurs profils de twittos ? L’acteur et le réalisateur, a priori les plus exposés, peuvent-ils éviter l’écueil de la promo déguisée ? Et est-on star de Twitter comme on est star de cinéma ?

La communauté ciné 2.0 comporte différents types de comptes. On tombe dessus avec préméditation ou au gré d’un champ lexical interactif, d’un balisage précis composé de hashtags basiques et récurrents [#cinéma, #série, #film, et leurs équivalents étrangers – les anglicismes en tête de file] et de hashtags temporaires et événementiels, reflets d’une actu [#TDKR renvoyait à The Dark Knight Rises et a permis au débat sur le dernier Nolan de se déployer]. Ceci étant, il y a d’abord les comptes des œuvres stricto sensu. Personnifiés, ils sont éphémères et coïncident avec la durée d’exploitation desdits films.

@007

On pourrait penser que seules les superproductions s’invitent avec brio sur les réseaux sociaux, mais les indés ne sont pas en reste ; ils se servent d’ailleurs de ce support pour engendrer du bouche-à-oreille. Com underground. Djinn Carrénard n’aurait pas pu créer le buzz autour de Donoma, son long-métrage à 1 000 euros, et séduire un distributeur sans s’appuyer sur Facebook et Twitter.

Les comptes des institutions ciné [CNC, syndicats spécialisés, festivals…], distributeurs, éditeurs vidéos / VOD, chaînes télé et attachés de presse s’inscrivent dans la lignée des précédents. Pour eux, il s’agit d’une vitrine, d’un relais assumé. Viennent ensuite les profils plus « humains » : les producteurs, collectifs, auteurs, réalisateurs, compositeurs de BO et acteurs français, étrangers, et américains [les leaders incontestés de ce game]. Et enfin le groupe « intello » dont les micro-critiques et les grandes théories en 140 caractères sont l’apanage : les magazines, blogs, étudiants et cinéphiles du dimanche. Faisons l’impasse sur les twittos au leitmotiv généraliste qui n’appartiennent pas au milieu et ne discutent de toiles qu’à l’occasion.

Sur Twitter, et c’est encore plus net dans la sphère ciné, on ne retrouve pas le système pyramidal de la « vraie vie ». Celui qui a le pouvoir, ce n’est pas celui qui a l’argent, mais la visibilité donc le nombre de followers le plus élevé, et tous les petits à-côtés : retweet (RT), trending topic (TT) et follow friday (FF) en série. On ne peut donc pas hiérarchiser ces différentes catégories selon le schéma IRL (In Real Life), mais étudier leur popularité. Parfois, celle-ci est simplement le miroir de la réalité. En témoignent les 750 000 abonnés du héros de Drive, Ryan Gosling, qui n’a posté que 10 tweets, rien depuis 2011, mais conserve sa cour, fort de ses succès en salles. Le reste du temps, l’audience se gagne au prix d’efforts qui se mesurent à l’aune de l’originalité et de la régularité. Telle est la règle.

En général, les comptes qui incarnent des entités relèvent de l’informatif. On suivra par exemple la Cinémathèque pour connaître la programmation de ses films et de ses événements, pas pour se marrer avec le community manager.

@MK2diffusion

À moins que les individualités qui se cachent derrière ces noms imposants ne transparaissent et lient des contacts plus ou moins personnalisés [laissant croire à l’égalité voire à l’amitié – les clés de la gloire], le follower restera dans une démarche utilitaire. D’ailleurs, beaucoup de ces institutions, au même titre que les journaux et blogs du genre, fonctionnent en roue-libre, utilisant Twitter comme un banal robot, un porte-voix : elles sont reliées à un site, un Tumblr ou une page Facebook, se contentant de poster les liens de leurs publications en automatique. C’est notamment le cas de Job Cinéma, un site dédié à l’emploi dans l’audiovisuel qui renvoie vers ses annonces.

Il convient alors de se pencher sur les artistes qui jouent plus que jamais leur [e-]réputation sur les réseaux sociaux, avec une liberté à plusieurs vitesses. Leurs comptes officiels se distinguent par leur gestionnaire autant que par leur gestion. On recense ainsi les [stagiaires] community managers d’un côté et les personnalités qui se salissent les mains sur le clavier de l’autre.

Parmi elles, il y a celles qui ne parlent qu’en « je », de façon pro, perso [compte-rendu des aléas du quotidien, démonstration de sa normalité, de son accessibilité…] voire narcissique [auto-RT, auto-FF, abus de twitpic intimes et d’Instagram…] ou les deux. De fait, le jeune cinéaste Xavier Dolan serait plutôt du genre « business is business » [bien qu’il se montre proche du peuple avec ses merci et ses smileys] quand la comédienne Jessica Alba brandit son « my life is so cooool », aidée de ses tweets-cartes postales cristallisant ce terrible idéal de pub TV. Mathieu Demy et Mathieu Kassovitz, malgré une différence de ton flagrante, se rangent eux dans la case mi-figue mi-raisin. Le premier, bon enfant, commente ses voyages et ses découvertes culinaires avec humour, évoquant la vie de son long-métrage, Americano, et visant l’anecdotique, quand le second, rentre-dedans, n’hésite pas à live-tweeter la cérémonie des Oscars avec des punchlines cinglantes, à démonter le pan du cinéma de l’hexagone qu’il ne supporte plus, à susciter le débat, mais à annoncer, aussi, la sortie DVD et Blu-Ray de L’Ordre et la Morale.

Les gens ancrés dans le #partage s’appuient sur les mentions, les favoris ou encore les RT pour fidéliser les abonnés, de potentiels fans. Auto-promo, entrepreneuriat ou moyen sincère de s’exprimer, de dialoguer, goût prononcé pour les nouvelles technologies ? Pas toujours évident de trancher. Les Américains, ces conquistadors éternels qui vivent avec Twitter depuis 2006, ont en tout cas bien mieux cerné les enjeux des réseaux sociaux que nos amis français. Qu’ils confient ce Twitter-labeur à leur community manager, comme les comédiens-phares Tom Cruise, Mark Wahlberg et Ashton Kutscher [incontournable avec plus de 12 millions de followers] ou ouvrent leur gueule sur tout et n’importe quoi comme le réalisateur Joseph Kahn et le comédien Nathan Fillion, ces figures du cinéma US savent que leur image se façonne au rythme des tweets, eux-mêmes symptomatiques d’une globalisation avantageuse. De ce point de vue, Romain Gavras, enfant du collectif Kourtrajmé, metteur en scène moderne, est sans doute le plus américain des twittos français… Les infos, bons mots, photos et vidéos deviennent la continuité de l’individu. Toutefois, la frontière entre le personal branding et le personal branling semble infime. Et si le septième art étend doucement sa toile sur Twitter, l’inverse est plus immédiat. Avec son effet « filtre Instagram », l’affiche de Nous York, la prochaine comédie de Géraldine Nakache et Hervé Mimran, va dans ce sens et pourrait augurer l’officialisation d’un cinéma 2.0.

Sortie en salles le 21/03/2011 et en DVD le 04/09/12

Au sein de son décor enclavé de Californie, ce buddy movie dramatico-fantastique (premier film d’Evan Glodell, réalisé avec 17 000 dollars et 11 techniciens) voit déambuler Woodrow et Aiden, deux amis obsédés par l’apocalypse et le Seigneur Humungus, un personnage de Mad Max 2 qu’ils utilisent comme référence-running gag, créant leur propre mythologie. Ils se sont mis en tête de construire un lance-flamme super cool et une voiture de guerre, « la Medusa », censés leur assurer la domination sur le monde post-apocalyptique. Ce projet, indissociable de leur fascination pour la mort, devenu obsession, occupe tout l’espace, occultant leur background discrètement et insufflant une mystérieuse intemporalité. Travaillent-ils ? Ont-ils de la famille ? On ne sait pas grand-chose d’eux et tant pis, on accepte de les suivre dans leur réalité.

Construire un film, construire un scénario en chapitres tout en chahutant les codes. Construire une caméra avec des bouts de ferraille et des objectifs récupérés çà et là, construire une esthétique et déconstruire le récit. Evan Glodell compose une anarchie visuelle et narrative hors du commun, belle et violente. Construire puis détruire : un rythme en deux temps ici règle d’or. Le décalé Woodrow rencontre la décalée Milly dans un bar, à l’occasion d’un concours : qui mangera le plus de sauterelles vivantes ? Ils se plaisent et s’octroient aussitôt une escapade au Texas, sur un coup de tête. L’amour est cru, l’amour est mouvement. De retour dans la vraie vie, leur histoire va tourner en rond (comme « la Medusa », incarnation des possibles, qui ne fait que rouler dans la même ville, dont on voudrait refuser le sur-place), ils vont finir par se blesser, dans tous les sens du terme, par blesser les autres aussi. Le parfum de fin du monde, matérialisé par les paysages couleur feu et la prise de risques excessive des protagonistes (qui ne cessent de boire : pas une scène sans un verre à la main), va de pair avec la fin d’un monde, celui que Woodrow s’était créé avec Milly.

Si Bellflower suit le schéma d’un cercle vicieux (« Bellflower » est d’ailleurs le nom de la rue où habite Milly et qu’elle ne quittera peut-être jamais), d’un aujourd’hui qui sent l’explosion, d’un nihilisme omnipotent, on n’oublie pas que l’océan n’est jamais loin.

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